THERE IS A LIGHT THAT NEVER GOES OUT

Des regards absents aux nôtres, car les corps sont tournés, ou bien étêtés, fixent un ailleurs. Vers quel horizon masqué ? Ils attendent, ou bien écoutent. Le bruit des vagues résonne partout dans There Is A Light That Never Goes Out. C’est le seul bruit possible.

Emma Charrin capte la vie nocturne, celle des rêves, des rencontres improbables. Confusion des matières, incongruité des tons (l’œil vert derrière un drapé) et des attitudes (le visage encastré dans le tissu d’une tente), abstractions circonstancielles (les surfaces bleu fantôme d’un spa, ou d’une chapelle), tout cela ensemble relève d’un monde des franges, de ce qu’on néglige en passant, ou en se couchant tôt. L’ombre d’elle-même, Deauville est réduite ici à ses fantasmes de stucs et d’embruns.
La seule ligne d’horizon proposée par l’artiste éblouit, elle semble refuser de se laisser contempler, s’étale en nacres, tel un coquillage ouvert, en souffrance. La présence d’une balise seule rappelle l’humaine fragilité, comme une perle noire. Nous sommes peu de chose.

Au fond de la mer turbide, gît l’espoir d’une pêche miraculeuse, étincelante de joyaux crustacés, dont les éclats rejaillissent sur la ville, agitant ses paupières de belle endormie. Ce qui nous obsède c’est l’hybridation, c’est la lumière dans ses artificialités, l’incarnat d’une peau rehaussée d’algues brunes, incrustations, transformations. La cité d’Emma Charrin est un casino englouti, où la dépense est un désir inassouvi. Le monde est une boîte de verre, la vie est un théâtre.

Youness Anzane, dramaturge

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