CHAPITRE 3

Proche de l’écriture d’un conte, ce projet célèbre certains lieux par l’installation et la performance in situ. Animés par la densité de la ville de Tanger, nous décidons d’utiliser des espaces vides afin de stimuler nos imaginaires. Nous utilisons ces décors pour créer des fictions où nos habitations provisoires deviennent des pratiques de rituel afin d’honorer la terre. La trame de cette pratique est une ode à la rosée du matin dont nous sommes finalement les acteurs d’une tradition purement inventée. La série est pensée comme le déroulement d’une journée, de l’aube à la tombée de la nuit.

Les images que nous réalisons à la chambre grand format 4×5 témoignent d’une activité humaine qui ne cherche pas à modifier le paysage mais le révéler dans sa dimension éphémère. Nos actions et les formes qui en résultent agissent comme des amulettes magiques contre le devenir béton des dunes, la construction dans les forêts de pin ou encore la disparition de la garrigue et du maquis qui bordent le littoral. Entre la mélancolie d’un espace en mutation et l’action du corps dans le paysage, nos images s’inscrivent dans un acte de résistance sur l’espace en mouvement. A l’inverse des Land Reclamation Artists, nous tentons d’investir les espaces en « mouvement », avant qu’ils ne soient totalement transformés et dévorés. Tanger se révèle en mutation et fait résonner la problématique de la métamorphose et produit à son tour une mise en tension qui nourrit nos réflexions plastiques et politiques. Cette fiction autour de la rosée du matin est un outil symbolique, un acte de résistance face aux couches de la mondialisation active qui se superposent à la ville.

©Emma Charrin, en collaboration avec Olivier Muller